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Œnotourisme dans le Beaujolais : Franck Chavy révolutionne le terroir !

Geneviève Clastres | 18 décembre 2019 • Mis à jour le 18.12.2019 à 11h12
Thèmatique :  Espaces protégés   Portrait   Territoire 

Vins sans sulfites, lauréat 2019 du concours du meilleur Gamay du monde, Franck Chavy est un homme de défis et de passions qui ne cesse de multiplier les projets au cœur de ses vignes du Beaujolais. Fils et petits fils de vignerons, l’homme vous ouvre sa cave et vous voici immergé au cœur d’un terroir qui s’affirme, à l’écouter vous raconter comment il explore toutes les possibilités de la vigne. Un voyage passionnant qui mêle tous les sens et qui montre un autre visage du Beaujolais, à la fois audacieux, naturel et conquérant

Franck Chavy@MGodet

Meilleur Gamay du Monde 2019 !

Il s’était promis de remporter le concours du meilleur Gamay du Monde en 2019… c’est chose faite ! Ainsi va Franck Chavy, toujours bouillonnant d’idées et de projets. Sa première récolte date de 1991, il a alors à peine 21 ans, ses vignes encore en métayage chez le grand-père… En 1995, il achète 2,5 hectares en Régnié, y ajoute quelques hectares en Morgon en 2001 et exploite aujourd’hui 10 hectares en Morgon, Régnié et Brouilly, essentiellement en cépage gamay mais aussi en viognier et chardonnay, soit quelques 35/40 000 bouteilles. Et donc, en janvier de cette année, au concours « Armonia » du meilleur Gamay du monde, ses vins sont sortis respectivement 1er (Morgon 2017) et 3e parmi 755 échantillons. Pour obtenir ce résultat, Franck a investi dans des fûts de chêne où le vin a passé douze mois, ce qui a permis de travailler rondeur et volume. Franck : « Le tonneau est un outil au service du vin mais on ne retrouve pas que le boisé, c’est beaucoup plus subtil sinon cela n’aurait aucun intérêt. En ce qui me concerne, tout commence déjà par le choix du tonnelier, Mr Chassin, une maison indépendante sise en Allier, un véritable coup de cœur. »

Travail de la vigne@DR

Toujours plus de bouteilles en sans sulfite….

Depuis 2017, Franck s’est aussi essayé à la production de vins sans sulfites, qui impliquent de pas mal de complications, d’autant qu’il pratique de plus longues macérations pour pousser le curseur encore plus loin, soit 20 jours plutôt que 10/12 jours pour des vins plus classiques. « Après 12 jours, on perd l’arôme fermenté, le terroir s’exprime. Puis, entre le 16e et le 18e jour, c’est au tour des tanins de prendre plus de profondeur. On gagne alors en rondeur et en volume. » La production de vins sans sulfite implique donc des processus complexes qui demandent une vendange de bonne tenue pour en extraire le maximum de ses qualités jusqu’au pigeage, qui consiste à écraser le raisin aux pieds pour faciliter la macération et libérer les arômes et parfums du vin, un procédé traditionnel que Franck pratique toujours. Et il n’est jusqu’à la mise en bouteille qui ne soit délicate dans la production des sans sulfite, avec tout un protocole pour éviter que de l’oxygène pénètre, ce qui serait fatale. En 2017, sur les 2400 bouteilles produites en sans sulfite, tout a été vendu. Ont suivies 5500  bouteilles en 2018 et pour 2019, Franck se pose la question de « faire tout le Régnié en sans sulfite ».

Le Beaujolais, un terroir@DR

Changement climatique et biodynamie !

Sans cesse titillé par un terroir qui évolue, des années qui se suivent sans forcément se ressembler, le vigneron s’interroge : « Pour nous, le réchauffement climatique est une chance pour le moment. Il permet plus de créativité. » La créativité, peut-être l’autre secret de Franck qui a toujours aimé peindre, une autre façon d’exprimer cette énergie bouillonnante qui le pousse à toujours faire évoluer les choses. « Dans le vin, quand tu connais le principe fondamental, tu peux essayer de l’adapter, essayer autre chose. Nous vivons une période intéressante où l’on se pose plus de questions dans la vigne avec plus d’ouverture, plus de recherche. » Il concède toutefois qu’aujourd’hui, dans le Beaujolais, il est difficile de tout produire en bio, sauf à accepter de perdre une partie de sa récolte. Il pratique donc une forme de « juste milieu », essayant de mettre le moins d’intrants possible avec un compromis entre culture traditionnelle et bio. « La biodynamie reste un principe de bon sens. La vigne, à l’image des plantes, a une intelligence, une réactivité, qui fait qu’elle sait se protéger. Si tu l’agresses légèrement, elle produira sa propre défense. L’idée est avant tout de la stimuler de façon naturelle avec du bicarbonate, de la chaux, etc. » Franck cite aussi Ecobioz, un bio contrôle à  base d’algues, qui donne des acides aminées à la plante. « On a aussi notre panel, fait de pectine de pommes et d’écorce de crevettes, qui agresse la plante naturellement et permettent de mettre moins de chimie ».

Vue aérienne du Beaujolais@DR

Et toujours mille et un projets !

Enfin, outre le vin, Franck a ouvert un gite au cœur de son domaine avec la complicité de son épouse, Béatrice, qui assure l’accueil et l’intendance et glisse dans un clin d’œil : « C’est beau chez nous mais… chut, il ne faut surtout pas le dire ! ». D’autant que l’ensemble du Beaujolais vient d’être labélisé Géopark par l’Unesco, reconnaissant là un patrimoine géologique remarquable, gage d’une attractivité locale toujours plus forte.  Alors, pour valoriser sa région de cœur, Franck a aussi décidé de s’investir dans  l’association du Caveau de Morgon, à Villié-Morgon, de magnifiques caves voutées propices à la dégustation des vins locaux qui accueille aussi des expositions d’artistes. Autant d’activités annexes qui lui permettent de mettre en lumière les beautés cachées du Beaujolais, d’autant qu’à quelques kilomètres, ses parents tiennent depuis plusieurs années un magnifique gite qui domine le village de Régnié Durette ainsi qu’une mer de vignes qui courent jusqu’à la vallée de la Saône. Un nid d’aigle où l’on réalise qu’au-delà du vin, le Beaujolais ce sont aussi des hommes, des femmes, un terroir et une histoire. A pied ou à vélo, de père en fils, la famille Chavy trace ainsi un sillon qui relie les fils du temps et de la vigne, où le gout du vin est aussi la marque des générations qui passent et d’un futur toujours prêt à se réinventer.